
Les cendres de tes yeux – Jacques d’Adelswärd-Fersen

Je vais partir demain et je me sens tout triste,
Je quitte cependant l’hiver pour le soleil,
L’hiver épars déjà sur les monts d’améthyste,
L’hiver frileux déjà aux horizons vermeils,
Et les bois dépouillés, et les branlantes portes,
Où s’appuyait jadis ton souple bras berceur,
Ai-je donc laissé les rêves de mon cœur
Joncher les grands chemins comme les feuilles mortes ?
Je ne sais, mais vois-tu, l’appel de ce départ,
Les mille riens qu’on touche, et que tes doigts frôlèrent,
Les petits bibelots que tes désirs aimèrent,
Tout cela vaguement rappelle tes regards,
Et chaque fois mon âme est plus grise et plus vide,
Et chaque fois mon cœur a ses sanglots secrets,
Rien qu’au doux souvenir des choses que j’aimais,
Et qui sont, pour toujours, mortes en toi, Splendide !






















