
Les boutiques de Noël – Albert Mérat

Fête sur terre, fête au ciel !
Les enfants sont gais : c’est Noël
Avec ses petites boutiques.
Les joujoux sont à tous les prix,
Et les marchands ont tous les cris
Pour affriander les pratiques.
Le temps de pendre un écriteau,
De donner un coup de marteau,
Et la baraque est déjà prête.
Le passant ralentit le pas,
Et la jeune femme à son bras,
Regarde, sourit et s’arrête.
Aux deux côtés des boulevards,
Des trompettes et des buvards,
Des cuisines, des bergeries ;
Des oranges de Portugal
Dans des sapins, et le régal
Des mille vagues sucreries ;
Des lapins battant du tambour,
Et des beautés faites au tour,
Dont la tête est en porcelaine ;
Le plateau nain d’un thé complet,
Et des caniches à soufflet
Dans une broussaille de laine ;
Devises sur un mirliton,
Polichinelles en carton,
Chignons, œil d’émail des poupées,
Soldats de toutes les couleurs,
Et, malgré la saison, des fleurs
Encore vives ou coupées.
Les petits pauvres, étonnés,
Tendent le cou, lèvent le nez
Vers tant de merveilles étranges,
Qui ne sont pas faites pour eux.
Donnez-leur, pour qu’ils soient heureux,
Des sucres d’orge et des oranges.
Un Parisien bon à tout,
Entre deux baraques, debout
Montre un pantin, ou se promène ;
Son jouet n’est jamais commun :
Chaque année il en invente un,
Et ne le vend qu’une semaine.
Cela dure huit ou dix jours,
Puis tout s’en retourne aux faubourgs…
Il gèle, ou bien il pleut à verse.
C’est égal ! flâneur et léger,
Paris a pu, sans déroger,
Faire aller le petit commerce.






















