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Le Parnasse percheron – Rémy Belleau

Le Parnasse percheron – Rémy Belleau

Car un homme mortel ne saurait si bien dire :
Amour, qui tient les dieux au joug de son empire
A, de rechef, contraint Phébus d’estre pasteur.
Donques ne requiers que en Durant durer
Ne taillez, mains industrieuses,
Des pierres pour couvrir Belleau,
Lui-même a basti son tombeau
Dedans ses Pierres précieuses.
Ô qu’un grand reliquaire est clos en peu d’espace !
Viateur, prends-y garde : en ce lieu si sacré,
Avec un seul belleau, tu peux voir enterré
Phœhus, Amour, Mercure et la plus chère Grâce.
De la Vove, Aime-paix, nostre Mécène à tous,
Faulteur de nostre bien, la fin de nos misères.
Musarum domus et Jacobi de Frébourg, in sede Bellismensi patroni, hujusce domtis generi.
Actun anno Domini 1589, die vero 4 mensis septembris.
ENA ΘEON, ENA BAΣIΛEA,
ΜΙΑΝ ΦΙΛHΝ ΚΑΙ ΝΟΜΟΥΣ.
Les larrons n’iront plus, par nos granges peu fortes,
Voller notre espérance et renverser nos portes

Huisne glorieuse en haussera son cours
Et de lait désormais elle enflera ses tours.
Bergère, tu as tort de m’ avoir à mépris
J’ai tant et tant de fois gaigné le jeu de prix
Entre mes compagnons, aux chansons, à la dance,
Au ballon, à la lutte et à toute autre chance.
J’ay le corps asseï bon, je suis, quant est du corps,
Moyennement taillé de membres assez forts,
Aussi beau, m’a-t-on dit, que pas un du village,
Aussi riche en bestail et en fond d’héritage
Qu’un autre, et toutefois, cela que tu cognoy
Ne peut faire, ô malheur, que tu penses à moy.
Naguères notre flûte à la forêt docile,
Bellesme, apprit les airs des pipeaux de Virgile
Et tes chantres ailés, à mes douces leçons,
Inaperçus, mêlaient leurs aimables chansons…
Même j’y retrouvai la scène où tes églogues
‘Font parler leurs bergers en naïfs dialogues.
La lambrusche serrée
Où mille falaslres zéphyrs
Chassent Aquilon et Borée.
Ci-git ma femme… Oh quelle est bien,
Pour son bonheur et pour le mien !
Quiconque voit ton livre est forcé d’avouer
Qu’il nous découvre tant et de si belles choses
Qu’on te croira toujours, sans par trop te louer,
Plus digne d’être auteur des textes que des gloses Si de ton livre enfin je prévois le succès,
Il ne peut qu’être utile, hormis à nos offices ;
Car en tranchant le cours de beaucoup de procès,
Il tranchera l’espoir de quantité d’espices.
Toi qui, d’une égale balance,
Dépars la justice aux mortels
Et dont les ouvrages sont tels
Qu’on n’en peut priser l’excellence,

Cher du Lorens, qu’espères-tu
Qui puisse égaler ta vertu
Dans le siècle ingrat où nous sommes ?

Qu’attends-tu mesme de moy
Qui t’estime sur tous les hommes,
Si je n’ai rien digne de toy ?
J’ai scu par ton secours, mille secrets divers ;
Mais je n’avois point scû qu’éclaircir nos Coutumes
Fût un art compatible avec faire des vers.
Après que ta satire a porté la censure
Sur toute la malice et l’erreur d’ici bas ;
Que le vice abattu, dans ta docte peinture,
Chei les plus vicieux a perdu ses appas,
Du Lorens, c’est à toi de policer les villes.
Pour être admis au rang des bonnets rouges
Pas n’est besoin d’être docteur de Bourges ;
Nous en avons affublé ce matin
Le vieux percepteur C…in.
Avra licet parra Francorum dividit arva.
Sombre, rêveur, atrabilaire.
Dans ma chaumine solitaire,
Mon âme a senti la douleur
Amère ;
Tout est souci, tout est langueur
Au cœur.
Je voudrais achever ma tâche inaccomplie,
À mes frères montrer le chemin du bonheur.
Perrault, commis des bâtiments
En grisonnant contait Peau d’Ane ;
Moi, regratteur des monuments
Des bons vieux peintraillons Normands
Je ne vois pas que je me damne.
On m’entendra chanter jusqu’à mon dernier jour

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