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Henri-Frédéric Amiel — Dix-sept mille pages de journal, et quelques chansons

Henri-Frédéric Amiel — Dix-sept mille pages de journal, et quelques chansons

1821 — 1881

Drôl’ de jeu !
Drôl’ de jeu
Que la vie !… on y rit peu

La Diane

Il est l’auteur de l’un des documents les plus extraordinaires de la littérature : un Journal intime tenu pendant trente-quatre ans, qui compte près de dix-sept mille pages manuscrites.

Il y a noté, jour après jour, l’analyse d’un homme qui s’observe vivre et qui n’arrive pas à agir. C’est la description clinique la plus complète qu’on possède de l’irrésolution.

Genève

Orphelin à onze ans, professeur d’esthétique puis de philosophie à l’académie de Genève, célibataire, méthodique, malheureux. Sa vie extérieure tient en trois lignes.

Il a publié de son vivant quelques recueils de vers dont personne n’a parlé. C’est deux ans après sa mort, quand ses amis ont commencé à publier des extraits du Journal, que l’Europe a découvert qui il était. Tolstoï en fut bouleversé.

Les chansons, qui étonnent

Or ce que le Vagabond réunit n’a rien de mélancolique. « La Diane », « En chasse », « Chanson d’escalade », « Bon voyage », « Les émigrants suisses » : ce sont des chansons, faites pour être chantées en marchant, avec des refrains qui claquent.

L’homme qui n’arrivait pas à sortir de sa chambre a écrit des marches. On peut y voir une compensation ; on peut aussi remarquer qu’il connaissait très bien la mécanique de l’entrain, faute d’en disposer.

« Drôl’ de jeu que la vie !… on y rit peu » : voilà la seule phrase où les deux Amiel se rejoignent.

Le reste

Il y a aussi des tableaux — « Les saisons au village », « La petite glaneuse », « L’ormeau de Plainpalais », « Novembre » —, et « Les incomplets », qui est un autoportrait.

Il est mort à Genève en 1881, à cinquante-neuf ans, en laissant le manuscrit dont il ne savait pas qu’il ferait sa gloire.

Choix de textes

  • La Diane — « Drôl’ de jeu que la vie !… on y rit peu. » La seule phrase où les deux Amiel se rejoignent.
  • Les incomplets — Un autoportrait, et un titre qu’il aurait pu donner à sa vie.
  • Chanson d’escalade — Une marche, écrite par un homme qui ne sortait pas de sa chambre.
  • Bon voyage — Le départ, sujet qu’il n’a jamais pratiqué autrement qu’en vers.
  • Les émigrants suisses — Ceux qui partent pour de bon. Un vrai sujet du XIXe siècle.
  • Novembre — Le mois qui lui allait le mieux, et il ne s’en cache pas.
  • L’ormeau de Plainpalais — Un arbre de Genève, nommé précisément. Le professeur regardait.
  • La petite glaneuse — Le tableau de genre, tenu sans sensiblerie.
  • Treize ans — L’âge, deux ans après la mort de ses parents. Ce n’est pas un hasard.
  • Le livre en trois langues — Le professeur d’esthétique s’amuse, et c’est rare.

Pour le lire

Journal intime (1847-1881) — près de dix-sept mille pages, publié après sa mort. Tolstoï en fut bouleversé.

Grains de mil (1854) · Il Penseroso (1858) · Les Étrangères (1876) — les vers.

Guillain Méjane

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