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Chateaubriand — Le plus grand prosateur français, en vers

Chateaubriand — Le plus grand prosateur français, en vers

1768 — 1848

Le vigilant derviche à la prière appelle
Du haut des minarets teints des feux du couchant.
Voici l’heure au lion qui poursuit la gazelle ;
Une rose au jardin moi je m’en vais cherchant.

L’Esclave

On ne lit jamais Chateaubriand en vers, et il y a une raison : il n’était pas poète, et il le savait. C’est justement ce qui rend ces pièces intéressantes.

Elles sont brèves, souvent insérées dans ses récits en prose, et l’on y voit un homme dont la phrase est la plus ample de la langue française essayer de tenir dans un quatrain.

Ce qu’il y a ici

Des romances et des chansons, tirées pour la plupart des Aventures du dernier Abencérage et des Mémoires. « L’Esclave », « Les Adieux », « Le Départ », « Nuit de printemps », « Le soir dans une vallée ».

Et surtout « Souvenir du pays de France », qui commence par « Combien j’ai douce souvenance / Du joli lieu de ma naissance ». Ces vers-là, écrits en exil à Londres, sont entrés dans la mémoire française plus profondément que bien des pages célèbres — Berlioz les a mis en musique.

Le prosateur en embuscade

Ce qui frappe est la simplicité. Là où sa prose déploie des périodes de dix lignes, ses vers vont à l’octosyllabe, à la rime plate, à la chanson.

C’est qu’il ne cherche pas la même chose : la prose est pour la mémoire, l’Histoire et le paysage ; le vers est pour le regret, qui a besoin d’être court.

Une vie entière

Émigré, soldat blessé, exilé à Londres où il a eu faim, voyageur en Amérique, ambassadeur à Rome et à Londres, ministre des Affaires étrangères, opposant, et l’auteur des Mémoires d’outre-tombe — le livre que la langue française ne dépassera pas.

Il est mort à Paris en juillet 1848, pendant les journées de Juin. Il est enterré au Grand Bé, face à la mer, comme il l’avait demandé.

Choix de textes

  • L’Esclave — Le derviche, le minaret, le lion : l’Orient des Abencérages.
  • Souvenir du pays de France — « Combien j’ai douce souvenance » — écrit en exil, mis en musique par Berlioz.
  • Les Adieux — Le vers est court parce que le regret a besoin d’être court.
  • Le Départ — Le sujet de toute sa vie, en quelques strophes.
  • Nuit de printemps — L’exercice le plus banal, et il y met une simplicité rare chez lui.
  • Le soir dans une vallée — Le paysage du soir, où sa prose serait partie pour dix lignes.
  • L’amour de la campagne — Un titre du XVIIIe siècle pour un homme du XIXe.
  • Milton et Davenant — Deux poètes anglais et une histoire de grâce accordée. Il connaissait le sujet.
  • Invocation — La forme haute, celle qu’on attendait de lui, et qu’il pratique peu.
  • Nous verrons — Deux mots pour titre, et une désinvolture qu’on ne lui connaît pas.

Pour le lire

Mémoires d’outre-tombe (1849-1850) — le livre que la langue française ne dépassera pas.

Atala (1801) · René (1802) · Le Génie du christianisme (1802) · Les Aventures du dernier Abencérage (1826), d’où viennent plusieurs de ces romances.

« Combien j’ai douce souvenance » a été mis en musique par Berlioz.

Guillain Méjane

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