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Fable II. – Jean-Pierre Claris de Florian

Fable II. – Jean-Pierre Claris de Florian

Le Boeuf, le Cheval et l’Ane.

Un boeuf, un baudet, un cheval,
Se disputaient la préséance.
Un baudet! direz-vous, tant d’orgueil lui sied mal.
A qui l’orgueil sied-il? et qui de nous ne pense
Valoir ceux que le rang, les talens, la naissance,
Élèvent au-dessus de nous?
Le boeuf, d’un ton modeste et doux,
Alléguait ses nombreux services,
Sa force, sa docilité;
Le coursier sa valeur, ses nobles exercices;
Et l’âne son utilité.
Prenons, dit le cheval, les hommes pour arbitres:
En voici venir trois, exposons-leur nos titres.
Si deux sont d’un avis, le procès est jugé.
Les trois hommes venus, notre boeuf est chargé
D’être le rapporteur; il explique l’affaire,
Et demande le jugement.
Un des juges choisis, maquignon bas-normand,
Crie aussitôt: la chose est claire,
Le cheval a gagné. Non pas, mon cher confrère,
Dit le second jugeur, c’était un gros meûnier,
L’âne doit marcher le premier;
Tout autre avis serait d’une injustice extrême.
Oh que nenni, dit le troisième,
Fermier de sa paroisse et riche laboureur,
Au boeuf appartient cet honneur.
Quoi! reprend le coursier, écumant de colère,
Votre avis n’est dicté que par votre intérêt?
Eh mais, dit le Normand, par qui donc, s’il vous plaît?
N’est-ce pas le code ordinaire?

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