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Ecco fiori – Albert Mérat

Ecco fiori – Albert Mérat

Vous l’avez vu, par tous les temps,
Le pauvre enfant pâle et cynique.
D’un petit garçon de sept ans
C’est la ressemblance ironique.

Il vend aux filles sans beauté
Les bluets et les marguerites
Qu’elles allaient cueillir l’été,
Du temps qu’elles étaient petites.

Dans vos jambes, après le bal,
Il se fourre, sans qu’on l’évince.
Sa voix rend un son spécial
Quand il vous appelle : « mon prince ! »

Il est coiffé d’un chapeau pris
Dans la garde-robe d’un pitre ;
Les cornes de ce feutre gris
Sont touchantes à plus d’un titre.

La chevelure fuit dessous,
Presque blanche, tant elle est blonde.
L’œil a des reflets de gros sous,
Et la main sèche n’est plus ronde.

La bouche en un zigzag pervers
Se plisse, bien qu’encor naïve ;
L’œil vous regarde de travers,
Dans sa hardiesse craintive.

Les veilles ont cerné les yeux,
La misère a creusé la joue.
C’est un drame silencieux
Qui sur cette face se joue.

Paris sombre livre à la nuit
Les enfances à peine écloses.
On le voudrait hors de ce bruit
Et de ces débauches moroses :

Or l’enfant qui dormira tard,
Misère sans mélancolie !
Regarde d’un œil de vieillard
Musette songeuse et pâlie.

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