
Départ vers l’aurore – Jacques d’Adelswärd-Fersen

J’aurais voulu partir par un matin limpide,
Par un matin d’été, limpide et frissonnant,
Qui luirait sur la mer et qui rendrait plus blanc
Le vol des grands oiseaux à l’horizon languide…
…Par un matin très doux j’aurais voulu partir,
En écoutant au loin d’incertaines musiques,
Partir avec un air d’amour mélancolique,
Partir sans le regret de t’avoir fait souffrir.
Sur la grève dorée aux reflets de l’aurore,
La barque m’attendrait toute pleine de fleurs,
Pour avoir près de moi encore la douceur,
La douceur de tes yeux et ton sourire encore.
Vers mon été de rêve et vers ta volupté,
Je hisserais la voile où du soleil palpite,
Et au départ du port, je chanterais, petite,
Un seul et triste adieu à ta jeune beauté…
De longs jours sur les flots glissant telle qu’un cygne,
Ma barque poursuivrait son but aventureux,
Et parfois regardant l’horizon et les cieux,
Vaguement chercherais-je à te faire des signes,
Jusqu’au moment où l’or des pays inconnus,
Et la douceur de vivre en ces lointaines terres,
Me donneront l’oubli par leurs splendeurs légères,
En m’offrant leur parfum et leur calme ingénu,
En m’offrant un été sans angoisse et sans crise,
Fleuri comme un jardin et doux comme un baiser,
Où la rose d’amour plus qu’aucune autre exquise,
Joncherait mon chemin de rêves irisés.
J’aurais voulu partir par un matin limpide…






















