
Birago Diop — Le vétérinaire qui a rendu les morts présents

1906 — 1989
Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans l’ombre qui s’éclaire
Et dans l’ombre qui s’épaissit.
Les souffles des ancêtres
Ces vers-là ont fait le tour du monde. On les récite à des enterrements sur trois continents, souvent sans savoir de qui ils sont, ce qui est la définition même de la réussite en poésie.
Ils disent une chose simple et immense : que les morts ne sont pas ailleurs. Ils sont dans le feu qui parle, dans l’eau qui coule, dans le buisson qui sanglote — pas au ciel, pas au cimetière : ici, dans les choses.
Le conteur d’abord
Sénégalais né à Ouakam en 1906, il fait des études de vétérinaire à Toulouse et passe vingt ans en brousse, de la Haute-Volta à la Mauritanie, à soigner du bétail.
C’est là qu’il recueille ce qui l’a rendu célèbre : les récits du griot Amadou Koumba N’Gom. Les Contes d’Amadou Koumba (1947) sont l’un des livres fondateurs de la littérature africaine de langue française — non pas de l’ethnographie, mais de la littérature, portée par quelqu’un qui avait l’oreille.
Il fut ensuite ambassadeur du Sénégal en Tunisie, puis vétérinaire à Dakar jusqu’à sa mort en 1989.
Les vers, qu’on lit moins
Le Vagabond réunit ici son versant poétique, qui est celui de Leurres et lueurs. Et il faut prévenir : la moitié de ces poèmes n’ont rien d’africain.
« Automne », « Crépuscule », « Lassitude », « Vanité », « Morbidesse » — ce sont les exercices d’un jeune homme des années 1920 nourri de Verlaine et de Baudelaire, et il les a publiés sans les renier.
L’intérêt est justement là : on assiste à quelqu’un qui apprend le vers français jusqu’à le posséder, puis qui s’en sert pour dire tout autre chose. « Souffles », « Viatique », « Diaka », « Kassak », « Incantation » ne sont possibles qu’après cet apprentissage-là.
Choix de textes
- Les souffles des ancêtres — « Ceux qui sont morts ne sont jamais partis. » Le poème africain le plus récité.
- Viatique — Les trois canaris, les trois doigts de la mère. Un rite décrit sans une glose.
- Incantation — La forme de la parole efficace, qui agit au lieu de décrire.
- Diaka — Un mot wolof pour titre, laissé tel quel. Il ne traduit pas tout.
- Kassak — Les chants de l’initiation. Il les a entendus avant de les écrire.
- Le chant des rameurs — Le rythme du travail, qui est la plus vieille des mesures.
- Saint-Louis — La ville coloniale du Sénégal, regardée sans nostalgie ni règlement de comptes.
- Automne — Du Verlaine, franchement. C’est l’apprentissage, et il l’a gardé.
- Vanité — Le vieux motif chrétien, chez un homme qui écrira l’animisme.
- Sagesse — Le titre est de Verlaine. Le poème n’est déjà plus de lui.
Pour le lire
Les Contes d’Amadou Koumba (1947) — l’un des livres fondateurs de la littérature africaine de langue française.
Leurres et lueurs (1960) — les poèmes réunis ici.
Les Nouveaux Contes d’Amadou Koumba (1958) · Contes et lavanes (1963, Grand prix littéraire d’Afrique noire).
Guillain Méjane























