
Et lors qu’avec ton tablier gras – Louise Labé

Et lors qu’avec ton tablier gras
Et ta quenouille entre les bras.
Au bruit de ton tour tu t’égaies,
Puisse-t-elle toujours de mes plaies
Que j’ay pour elle dans le cœur,
Apaiser la douce langueur…
La nature m’a fait, et la nature est belle
Par la diversité que nous voions en elle ;
Je suis donq naturel, et ma félicité
En matière d’amour c’est la diversité.
Aymons donques partout, et ces sottes constances
Chassons de nos amours et de nos alliances,
Aymant quand on nous ayme, et nous gardant toujours
La liberté d’entrer en nouvelles amours.
Mais aussi, nymphe sémillante,
Si tu pensais à pouvoir lente
À ce complot ne consentir.
Tu pourrois bien t’en repentir.
Parce que volontiers la muse
Se fasche quand on la refuse,
Et que le refus d’un baiser
Ne la peut jamais apaiser,
Tant et tant elle se depite
Quand elle se voit esconduite,
Ou quand trop longtemps on attend
D’accorder ce qu’elle prétend…
Fille, femme, sœur et tante de cordiers.
Si je voulois par quelque effort
Pourchasser la perte ou la mort
Du sire Aymon…






















