
À n’entr’ouvrir comme un blasphème – Stéphane Mallarmé

À n’entr’ouvrir comme un blasphème
Qu’absence éternelle de lit
C’était le jour béni de ton premier baiser.
Ma songerie, aimant à me martyriser,
S’enivrait savamment du parfum de tristesse
Que même sans regret et sans déboire laisse
La cueillaison d’un rêve au cœur qui l’a cueilli.
Ma faim qui d’aucun fruit ici ne se régale
Trouve en leur docte manque une saveur égale ;
Qu’un éclate de chair humain et parfumant.
Le pied sur quelque guivre ou noire amour tisonne,
Je pense plus longtemps peut-être éperdûment
À l’autre, au sein brûlé d’une antique Amazone.
… Quand viendra l’hiver aux neiges monotones
Je fermerai partout portières et volets
Pour bâtir dans la nuit mes féeriques palais…
…Je serai plongé dans cette volupté
D’évoquer le printemps avec ma volonté,
De tirer un soleil de mon cœur, et de faire
De mes pensers brûlants une tiède atmosphère.
De cette nuit, Phénice, as-tu vu la splendeur ?
Dans l’Orient désert quel devint mon ennui !






















