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Villeneuve – Fernand Mazade

Villeneuve – Fernand Mazade

La nuit tomba, la nuit sans lune, sans étoiles,
Sans aucune clarté,
Mais gardant sous les plis tragiques de ses voiles
L’ardeur du jour d’été.

Même elle avait, je crois, plus de chaleur profonde
Que n’en avait le jour.
On devinait qu’au cœur des ténèbres du monde
Bouillait un sombre amour.

Nous étions arrivés pensifs à Villeneuve :
Et le silence obscur
Était comme bercé par le soupir du fleuve
Glissant contre le mur.

Je ne pouvais rien voir dans cette chambre agreste
Où d’un souffle pieux
Votre bouche éteignit une lampe immodeste :
Rien, pas même vos yeux.

Nous n’avons prononcé nulle phrase subtile,
Nuls serments turbulents :
Et, muets, nous étions parmi l’ombre immobile
Deux cadavres brûlants.

Quels furent nos baisers ? Vous m’aimez. Je vous aime
Tout le reste est secret.
La nuit ne dira pas, l’ignorant elle-même,
Ce que nous avons fait.

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