
Théâtre. Prologue d’ouverture – Albert Mérat
Aujourd’hui vendredi, vingt-huit du mois d’octobre,
Nous allons exciter par une gaîté sobre,
Dont vous êtes priés de faire un très-grand cas,
La sensibilité de vos nerfs délicats.
Donc, l’amitié chez nous donnant la comédie,
La critique est de trop et je la congédie,
Moi, Prologue, qui viens exprès en habit noir.
Est-ce Augier ou Musset que nous jouons ce soir ?
Feuillet qui pleure un peu, Siraudin qui fait rire,
Ou monsieur Legouvé, qui passe pour écrire ?
Allions-nous préférer ces auteurs en renom
Quand nous avions en main deux de nos pièces ? Non !
Avouez-le du moins, la saison est complice
Des tirades en vers alexandrins, calice
Que nous vous ferons boire avec ménagement.
Il faut que l’on écrive ; et, je ne sais comment,
Cette démangeaison éveille aussi la prose.
L’hiver, il fait trop froid ; l’été, l’air est trop rose.
Au printemps, quand les bois fleurissent, il faut bien
Que l’on fasse l’amour ou qu’on ne fasse rien.
Mais l’automne cueillant les feuilles sur les branches
Fait sur votre bureau germer les feuilles blanches.
Voilà pourquoi, messieurs, nous avons eu l’honneur
D’apprendre, exprès pour vous, treize rôles par cœur,
En soignant les effets comme au Conservatoire.
Je ne vous dirai pas : On sait… il est notoire
Que la chose est parfaite ou qu’elle ne vaut rien.
Comme Alceste disait, messieurs : « Vous verrez bien. »
— Notez au second acte une scène plaisante.
Nos acteurs ? Il faut bien que l’on vous les présente,
Encore qu’ils soient connus, — pour battre le quartier,
En quête d’une rime ou bien d’un vers entier.
Mesdames, les voici : ce sont mes camarades,
Garçons de bonne mine, et craignant les tirades,
Vaudevillistes gais, et poètes… divers.
Ils aimaient, — autrefois, — la tragédie en vers :
Peut-être ils en feraient, si leur muse plus sage
N’eût préféré porter des fleurs à son corsage.
— Leur talent dramatique hier se révéla.
Quant à l’actrice, elle est unique ! et la voilà.






















