
Sur un loup de velours noir – Albert Mérat

Sur la porte de mon armoire,
Et pendant à la clef de fer,
Au bout de ta ficelle noire,
Flasque, avec un douloureux air.
Sous l’arcade de ton front vide,
Sans paillettes d’or et sans feu
Ouvrant pour œil un trou livide,
Où l’on cherche en vain l’iris bleu ;
Sans regard jaseur, sans sourire,
Et sans peau rose pour contours,
Sans souffe qui passe et respire
À ta narine de velours ;
Sans cheveux épais pour couronne,
Sans fine oreille pour soutien,
Sans la tête, gai cicerone,
Qui te menait hier si bien ;
Sans la mine vive et piquante
Que te donnait parmi le bal
Sa verve leste et provoquante
Et sa danse, art original ;
Sans coloris et sans prestige,
Tel qu’une fleur depuis longtemps
Coupée et qui n’a plus sa tige,
Tu te rides et te détends.
Pauvre oripeau flétri, tu penches ;
Car sa bouche n’éclaire plus
Du sourire de ses dents blanches
Le velours, brillant au-dessus ;
Car sa lèvre arquée et maligne
Ne s’ouvre plus en cercle pur,
Pour rire, rouge sous la ligne
Que trace ton ovale obscur.
Demeure sous mes yeux pendue,
Relique folle à qui je veux
Redemander l’odeur perdue
Qu’avaient ce soir là ses cheveux.






















