
Sire, – Mathurin Régnier

Ie m’estois iusques icy resolu de tesmoigner par le silence, le respect
que ie doy à vostre Maiesté. Mais ce que l’on eust tenu pour reuerence,
le seroit maintenant pour ingratitude, qu’il luy a pleu me faisant du
bien, m’inspirer auec vn desir de vertu celuy de me rendre digne de
l’aspect du plus parfaict & du plus victorieux Monarque du monde. On lit
qu’en Etyopie il y auoit vne statuë qui rendoit vn son armonieux, toutes
les fois que le Soleil leuant la regardoit. Ce mesme miracle (SIRE) auez
vous faict en moy qui touché de l’Astre de V. M. ay receu la voix & la
parole. On ne trouuera donc estrange si, me ressentant de cet honneur,
ma Muse prend la hardiesse de se mettre à l’abri de vos Palmes, & si
temerairement elle ose vous offrir ce qui par droit est desia vostre,
puis que vous l’auez faict naistre dans vn suiect qui n’est animé que de
vous, & qui aura eternellement le cœur & la bouche ouuerte à vos
loüanges, faisant des vœus & des prieres continuelles à Dieu qu’il vous
rende là haut dans le Ciel autant de biens que vous en faites çà bas en
terre.
Vostre tres-humble & tres-obeissant & tres-obligé suiet & seruiteur






















