
Si tu veux – Jacques d’Adelswärd-Fersen

Si tu veux nous irons jusqu’à notre chaumine,
Qui dort les pieds en terre au détour du sentier,
Et nous irons cueillir, le long des cerisiers,
Les fruits rouges et clairs comme ta bouche fine.
Avons-nous besoin d’un panier ? Non, mon amour !
Tu étendras les mains dans ton tablier rose,
Avec une adorable et pourtant grave pose,
Et je croirai au loin voir s’adoucir le jour.
Si tes yeux, ravissants et prometteurs d’ivresse,
Suivent en même temps les promesses des miens,
Tu verras, ma chérie, qu’une cueillette est bien
Dangereuse au printemps, la saison des caresses…
Peut-être aussi qu’avant de monter l’accomplir,
J’oublierai tout devoir pour changer la maraude :
Le corail de là-haut avec ta lèvre chaude
Et les fruits des bosquets avec ceux du désir.
Hélas, j’ai tant envie de faire des bêtises,
Que ton pardon sera le bienvenu ici,
Pourvu que ton baiser n’en reste cramoisi,
D’avoir ce matin-là goûté trop aux cerises !






















