Sélectionner une page

(Petits poèmes aux yeux qui passent) – Daniel Thaly

(Petits poèmes aux yeux qui passent) – Daniel Thaly

I

Les jardins sont veufs de feuillages
Et c’est l’hiver sous le ciel noir;
Mais, ville, du matin au soir,
Que de beaux yeux, de beaux visages!

II

O toi qui passes simplement,
Offrant à mes yeux tes prunelles;
C’est la nuit; mais je vois en elles
Les jours bleus de l’espoir charmant.

III

D’autres portèrent des présents,
Dirent les paroles amies;
D’autres promirent pour des ans
L’amour ivre et sans accalmies.
Toi qui viens tard, presque trop tard,
Tu ne dis rien, ô tête blonde,
Mais d’un regard, d’un seul regard
Tu promets la beauté du monde.

IV

Nos deux regards se sont croisés, comme vaisseaux
Allant d’une île à l’autre, ivres d’un beau voyage;
Mes yeux voient dans tes yeux l’aube et le paysage,
Tes yeux voient dans mes yeux la mer et ses oiseaux.

V

Lorsque nous nous croisons dans la banale rue,
Ton beau regard en moi plonge un si frais bonheur,
Que je voudrais chanter un poème à la nue,
J’entends le galop fou des chevaux de mon cœur.

VI

Sans mots, nous nous faisons de troublantes promesses,
Chaque fois que nos yeux s’attirent dans le soir.
Partirons-nous bientôt sur la mer des ivresses?
Resterons-nous plutôt aux rives de l’espoir?

VII

Je préfère ce soir m’abstenir de théâtre
Et, par ce mardi-gras où Paris est houleux,
M’enfermer dans ma chambre et rêver devant l’âtre
Aux promesses qu’ont fait à mes rêves tes yeux.

Archives par mois