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« Parfois elle s’en vient causer ; la mère veille » – Albert Mérat

« Parfois elle s’en vient causer ; la mère veille » – Albert Mérat

III

Parfois, elle s’en vient causer. La mère veille
De ses doux yeux mi-clos. Elle sait, étant vieille,
Qu’il faut laisser un peu la jeunesse causer.
D’ailleurs, la fille blonde, à qui voudrait oser,
D’un regard ou d’un mot fermerait bien la bouche.
Elle vient donc, enfant radieuse ! Elle touche
Un sujet, le premier venu, toujours charmant.
Le thème importe peu, lorsque pour instrument
On a deux yeux jaseurs, on a deux lèvres roses,
Qui chantent tous les airs, disent toutes les choses,
Et qu’on porte son front comme on porte un bouquet
Frais et blanc, avec un balancement coquet ;
Et quand la bouche, aux coins mobiles, semble dire
Que les dents, avant tout, sont faites pour le rire,
Et que le rire est fait pour vous sculpter un point
Dans la joue, où le bout du doigt n’entrerait point,
Et pour trahir le sein qui bat dans sa cachette.

Elle vient ; et, pareille au printemps, elle jette
Autour d’elle, partout, comme on répand des fleurs,
Aux oreilles son rire et son regard aux cœurs.

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