
Ouvrière – Albert Mérat

Tous les matins, d’un grand courage,
Fraîche au sortir du bouge étroit,
L’ouvrière allant à l’ouvrage
Croise ma route au même endroit.
C’est plaisir quand elle est jolie,
Au milieu du chemin banal,
De la rencontrer qui déplie,
En marchant, le Petit Journal.
L’âge se lit à la poitrine,
Au frisson d’or des cheveux fous ;
Elle a des robes de lustrine,
Les yeux hardis plutôt que doux.
Pour d’autres qu’elle, l’heure est brève ;
Le temps se traîne à l’atelier.
— Elle ne sait pas… elle rêve
Un bonheur vague et singulier.
L’air enferme porte à la tête ;
Le ciel sourit d’un bleu moqueur.
À souffrir moins elle s’apprête ;
Et va laisser tomber son cœur…
Et le premier venu qui passe
Ramassera pour s’amuser
Ce cœur charmant ivre d’espace
Qu’il est si simple d’abuser.






















