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Monsieur Constans aux prises avec l’adversité – Jacques Ferny

Monsieur Constans aux prises avec l’adversité – Jacques Ferny

Quand ses électeurs de Toulouse
L’eur’nt fait simple particulier,
C’ pauvr’ Constans dit à son épouse
« J’ m’en vais me r’mettre à travailler…
Mais, au dir’ des confrères,
On n’fait plus d’ bonn’s affaires !
L’assassiné d’au jour d’aujourd’hui
N’a plus d’argent sur lui !…
Un panné ! Peuh !… Et puis ajoute
Qu’au Sénat j’ai tout oublié.
Song’ donc ! V’là trois ans que j’ m’encroûte !
C’t effrayant c’ que je m’ sens rouillé !
Je m’ verrais, en présence
D’un vieillard sans défense,
Sur les minuit, boul’vard Rochechouart,…
J’ trouv’rais pas son mouchoir ! »
Ell’ dit : « Bah ! ’Y a l’Académie.
Maintenant qu’ te voilà déformé,
Présent’-toi. — Mais, ma pauvre amie,
J’ suis connu ; je n’ s’rais pas nommé !
Puis une œuvr’ littéraire
Me serait nécessaire.
J’ fus ministre, donc il est certain
Que j’ pass’ pour un crétin. »
Là-d’ssus, chez Méline bien vite
Il court et, d’un ton détaché :
« ’N’auriez pas un’ plac’ tout’ petite
Pour un vieux brigand bon marché ?
— J’ai plus rien, crie Méline,
Plus rien que c’est la ruine !
J’ peux pas mettr’ la République au clou…
J’en aurais pas un sou !…
Doumer m’a coûté l’Indo-Chine,
Et Doumer n’est pas le dernier.
Tout l’ parti radical me chine
Et m’engueul’ comme un chiffonnier.
Il faut qu’ je l’ satisfasse…
Et vous voulez un’ place !
Vous qui n’ m’app’lez ni vach’ ni salaud !
Vous avez du culot ! »
« Tiens ! s’ dit Constans, j’ai mon affaire !
Bourgeois avait pris pour second
Ce Doumer nommé fonctionnaire ;
Or, comm’ c’est lui, Bourgeois, au fond,
Qu’un gouvernement sage
En Doumer dédommage,
Il doit être dans un extrême en-
Doumerdédommag’ment ! »
Chez Bourgeois il se précipite,
Criant : « Doumer est un sauteur.
Je prends sa place à votre suite !
Ex-ministre, ancien sénateur,
Ci-devant commodore
De la pompe inodore,
Je s’rai pour vous, ça n’est pas douteux,
Un très bon Doumer II.
— Ah ! dit Bourgeois, la place est prise
Par le député musulman !
Ce monsieur vêtu d’un’ chemise
Qui lèch’ mon parquet dévot’ment. »
Constans fut fort honnête :
« Oh ! là là ! c’te binette !
Fit-il poliment, Allah ! Allah !
Allah ! c’te gueul’ qu’il a ! »
Et, rentrant chez lui tout morose,
À sa femme il dit : « Mon amour,
Je n’peux plus fair’ la moindre chose ;
’Faut donc que j’rentre au Luxembourg !
J’ forc’rai la porte… Écoute !…
Minuit !… C’est l’heure !…
En route !
Pass’-moi mes insign’s de sénateur
Et les pinc’s-monseigneur ! »

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