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May Ziadé — Le salon du Caire, la langue française, et l’asile pour finir

May Ziadé — Le salon du Caire, la langue française, et l’asile pour finir

1886 — 1941

J’ai caressé ma lyre avec mes mains lassées
Et j’ai gravi la côte où j’ai souvent marché,
Et j’ai baisé les fleurs des branches enlacées,
Et j’ai suivi mon rêve, allant au but cherché.

Lacrymosa

Née à Nazareth d’un père libanais et d’une mère palestinienne, élevée au Liban, installée au Caire à vingt ans. Elle parlait l’arabe, le français, l’anglais, l’italien, l’allemand, l’espagnol, le latin et le grec.

Son premier livre, Fleurs de rêve, paraît en 1911. Il est écrit en français et signé d’un pseudonyme : Isis Copia.

Le salon du mardi

Pendant vingt ans, tous les mardis, elle a tenu au Caire le salon littéraire le plus important du monde arabe. Taha Hussein, Abbas Mahmoud al-Akkad, Khalil Moutran, tout ce qui comptait dans la renaissance culturelle arabe est passé chez elle.

Elle y défendait sans relâche l’éducation et l’émancipation des femmes, écrivait dans les journaux, traduisait, faisait des conférences. Elle fut, très concrètement, l’une des fondatrices du féminisme arabe.

Gibran

Pendant dix-neuf ans, elle a échangé des lettres avec Khalil Gibran, qui vivait à New York. Ils ne se sont jamais rencontrés. Cette correspondance est l’un des monuments de la littérature arabe moderne.

Il est mort en 1931. Ses parents étaient morts peu avant. Elle s’est effondrée.

1936

Sa famille libanaise la fait interner à l’hôpital psychiatrique d’Asfouriyeh, à Beyrouth, et met la main sur ses biens. Elle y reste enfermée, et le milieu littéraire arabe finit par se mobiliser : Amin Rihani, Charles Malik et d’autres obtiennent sa libération.

Elle a publié dans La Revue du Caire, en 1938, un texte où elle raconte l’internement. Elle est morte au Caire en 1941, à cinquante-quatre ans. Trois personnes suivaient son cercueil.

Les vers français

Ce que le Vagabond réunit est Fleurs de rêve, le livre de ses vingt-cinq ans. C’est du symbolisme appris chez Lamartine et Musset, mais la mélancolie n’y est pas empruntée, et l’oreille est excellente — écoutez « À la muse », où les vers se raccourcissent jusqu’à un seul mot.

Choix de textes

  • Lacrymosa — Le mot du Requiem pour titre, chez une femme de vingt-cinq ans.
  • À la muse — Les vers se raccourcissent jusqu’à un seul mot. Une oreille remarquable.
  • Un matin — Le poème le plus clair du recueil, et le moins appris.
  • Ennui — Le mot de Baudelaire, repris sans imitation.
  • Spectre — Le fantôme du symbolisme, chez quelqu’un qui en connaissait de vrais.
  • Automne — La saison obligée, tenue par une justesse de rythme.
  • À l’aquarium — Un lieu moderne pour un poème de 1911. Elle regarde à travers la vitre.
  • Doute — Un mot pour titre, et l’exercice le plus honnête du livre.
  • Espoir — Son revers, écrit avec la même économie.
  • Au Moukattam — La colline qui domine Le Caire. Le seul poème qui nomme son pays.

Pour le lire

Fleurs de rêve (1911) — écrit en français, signé Isis Copia. Le livre réuni ici.

Sa correspondance de dix-neuf ans avec Khalil Gibran, qu’elle n’a jamais rencontré.

Guillain Méjane

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