
L’oiseau mort – Jacques d’Adelswärd-Fersen

Dans le berceau étroit où la mort l’a couchée,
Avec l’air d’un oiseau surpris par la tourmente,
La petite bébé d’hier, folle et charmante,
Dort, les yeux bleuis et la tête penchée…
Elle est toute petite, elle est toute pensive,
Sur ses cheveux légers on a semé des fleurs,
Afin que les anges eux-mêmes n’aient pas peur,
Lorsqu’ils viendront chercher sa blanche âme captive.
Les joujoux d’autrefois, ses chèvres, ses ballons,
Demeureront tout près et la suivront fidèles,
C’est avec sa poupée qu’elle essaiera ses ailes,
Car le bon Dieu permet les poupées au ciel blond.
… Peut-être l’on croirait que Bébé n’est pas morte,
Si ployée sur le lit qu’elle étreint par moments,
La mère n’était là, tragique, en écoutant
Le bruit lourd et voilé du cercueil qu’on apporte.






















