
Les nocturnes – Maurice Magre

L’esprit bleu de la nuit s’élève des pavés…
Ils marchent sans savoir ce qu’ils pourront trouver
Dans les longs corridors déserts que sont les rues.
Cœurs tristes des maisons, fenêtres disparues!…
Un volet claque, un bar clignote, un fiacre meurt…
Chacun un peu plus loin veut porter sa douleur…
Ils croisent des soupeurs attardés, des ivrognes,
Des ouvriers allant vers d’obscures besognes
Et les sergents de ville avec leur capuchon.
Les gardiens de travaux lèvent leur lumignon,
La pierreuse au front bas leur parle de sa chambre
Et pour les décider leur découvre ses jambes.
Le brouillard pénétrant humecte leurs habits,
Un chaland mort repose au long du quai maudit…
De son clapotement le fleuve les appelle…
L’ombre de cette nuit leur paraît éternelle…
Rentrer chez soi tout seul! Tout vaut mieux que le mal
De l’allumette avec son éclair sépulcral
Dans l’escalier, que tous ces seuils inexorables,
Que l’appartement froid, la lampe sur la table,
Le livre ouvert, le lit, ce berceau des remords,
Et le morne sommeil, frère obscur de la mort.






















