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Le rêve de Joseph – Jacques Ferny

Le rêve de Joseph – Jacques Ferny

Joseph un beau jour rêva
D’être populaire.
Seul’ment, comment faire ?
Soudain il trouva !
Tra la la la la la la !

« Je vais, s’dit-il, de ce pas,
Aller en Espagne.
L’air de ces montagnes
Est bon pour mon cas.
Tra la la la la la la !
Un autre vient d’y conduire
Sa nef ;
L’ succès qu’il a doit m’instruire…
Joseph !
Allume, allume
Ce pays chaud !
Dis qu’ c’est pour ton rhume,
Et file, chaud ! chaud !
T’es pas encore une
Boule d’exilé.
C’est une lacune ;
Il faut la combler !
Ollé !
En tous lieux où se rua
La foule inhumaine
Des bords de la Seine,
Elle me hua.
Oh ! la la la la la la !
Il faut que j’ m’évertue à
Rattraper la veine
Sur ta rive saine,
Ô Bidassoa !
Ah ! la la la la la la !
Holà ! Biscaye et Navarre !
Holà !
Groupez pour moi vos fanfares
Me v’là !
J’arrive, j’arrive !
Caballeros ,
En chœur criez : « Vive,
Viv’ don Gorillos ! »
Chaud comme braise
Criez, soyez
Une Espagne Écossaise
Pour me bien choyer !
Ollé !
Dans ma circonscription la
Minorité m’aime
D’un amour extrême.
Ell’ m’l’a dit déjà !
Oh ! la la la la la la !
Eh bien, j’veux la donner à
Mon ami Coppée ;
À sa voix groupée
Sûr ell’ répondra :
Voilà ! voilà ! voilà ! voilà !
« François, prends-la, j’t’en conjure !…
Si, si !
Prends, ça n’me gên’ pas, je t’assure !
Vas-y !
Allume, allume
L’électoros ;
Pare-toi des plumes
De don Gorillos !
Je me pavane,
Et quand je reviens,
Tu me rends ce havane
Que tu m’entretiens !
Ollé ! »
Ô Popularité, sois
Un peu plus gentille ;
Lève ta mantille ;
Réponds à ma voix !
Trou la la, alza, alza !
Que tu sois d’Alcantara
Séville ou Grenade,
Va, ma sérénade
Te découvrira.
Trou la la, alza ! alza !
Ah ! blonde, châtaine ou brune,
J’t’aim’rais !
Sois bonne, ah ! sois comm’ la lune…
Parais !
La lune brille ;
Le ciel scintille.
Suis, ma gentille,
Ton p’tit Jojo !
À ta fenêtre
Daigne paraître !
Je voudrais être
Ton gigolo !
Ton gigolo, ton Reinach… ro !…

Mais, hélas ! il me reste à
M’faire au préalable
Déclarer coupable
De quelque attentat !
(Et j’n’aim’ pas beaucoup c’genre-là !)

Puis, j’n’ai rien fait d’éclatant ;
J’n’ai point à la guerre
R’çu la plus vulgaire
Balle en combattant !
(Sapristi ! qu’c’est embêtant !)
Si je m’app’lais Déroulède
Seul’ment !…
Mais entendre tout Tolède
Clamant :

« Il arrive, il arrive,
Le Reinach… ro ! »
Ah ! non, cett’ perspective
Vraiment m’ennuie trop !
Mon Dieu ! que faire ?…
Eh ! j’vais crier :
« Viv’ Q. de Beaur’paire !
Et vive Mercier !
Ollé !

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