
Le passage de la belle heure – Maurice Magre

La belle heure est venue et nous n’avons rien su.
Elle a sans doute ouvert la porte à notre insu,
Elle n’a pas sonné, elle a glissé sans geste.
Elle était près du feu merveilleux et modeste.
Nous n’avons pas été tous deux bien accueillants,
Toi, tu cachais ton beau visage souriant,
Tu n’as pas fait de thé, tu disais des paroles
Au hasard, tour à tour amicales, frivoles,
Et moi je calculais l’ennui de ces moments.
Celle qui vient nous voir pourtant si rarement,
Disparut sans adieu comme sans bienvenue…
Une belle personne, ai-je dit, est venue.
Nous l’avons ignorée alors qu’elle était là.
Je ne vois qu’à présent son charme et son éclat.
C’est dans le grand fauteuil qu’elle s’était assise.
Sa robe était en soie éteinte, amande et grise,
La chambre est parfumée avec son souvenir.
Nous laisserons la porte ouverte à l’avenir…
Pourvu que son image aux miroirs se révèle?
Quel regret de s’être ennuyé à côté d’elle!
On ne le sait qu’après! Qui donc nous préviendra
Quand l’heure du bonheur doucement entrera…






















