
Le masque du samouraï – Maurice Magre

Ce soir, la bien-aimée avait mis l’affreux masque
Japonais et mimait une danse fantasque,
Me montrant en riant, comme un épouvantail,
Le désespoir en laque feu du Samouraï.
Elle faisait voler son peignoir sur sa tête,
Dévoilait les beautés et les lignes secrètes
De ses genoux étroits, de son buste nerveux
Que surmontait bizarrement le masque affreux.
Mais quand elle voulut l’ôter, la laque en flamme
Ne faisait qu’un avec son visage de femme.
Ses ongles vainement labouraient cette horreur
Collée à elle, pour toujours sur la splendeur
Du bel ovale pur, vivait comme une plaie
La grimace du mal et de la laideur vraie.
Beauté! malheur à qui t’oublie un seul instant!
La bien-aimée hurlait d’effroi, se débattant,
Et sa voix devenait éloignée et démente
Sous les longs poils de soie et la laque éclatante.























