
Le cri du violon – Auguste Gilbert de Voisins

Je voudrais entendre une danse hongroise
Qu’un cymbalum et des violons me joueraient,
Cachés dans un bosquet auprès
D’un bassin vert, je crois que la douleur sournoise
Qui rôde et rampe autour de moi mourrait bientôt,
Percée au cœur d’un javelot
Sonore,
Au début de la danse, et néanmoins j’ignore
Tout au juste pourquoi.
— Mon souvenir a-t-il, peut-être, fait le choix
De cette mélodie aux durs accords,
Un soir que je longeais le quai sombre d’un port,
Au lever de la lune pleine,
Et que je fus m’asseoir dans un café de nuit
Pour y bercer ma peine?
On y buvait, on y chantait, sous la lumière
Acide d’un grand lustre, mais le bruit
Ne pouvait effacer par sa clameur vulgaire
La voix du violon, et ma douleur s’enfuit
A ce cri déchirant… Oh! le sublime cri!
CDLXXXIII






















