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Le caravansérail de mélancolie – Maurice Magre

Le caravansérail de mélancolie – Maurice Magre

Le caravansérail avait un long couloir immense. Je savais que son époux
venait d’arriver et qu’elle était auprès de lui, quelque part, dans la
vastitude de ce lieu de brique. J’entendais au fond du crépuscule aboyer
les chiens, crier les chameaux et se quereller les chameliers et les
porteurs de litières. Et parfois il y avait des pas qui traînaient dans
le long couloir immense de ce caravansérail de mélancolie.

Je ne sortais pas de ma chambre dans l’espoir qu’elle passerait, qu’elle
passerait par hasard et s’arrêterait une minute. Mais les heures
inexorables comme le regret de ce qui finit s’écoulaient avec les
aboiements des chiens, les querelles des porteurs de litières, la lente
ascension de la lune dans le ciel indifférent. Les heures s’écoulaient
et elle ne passait pas dans le couloir sans fin de ce caravansérail de
l’attente désespérée.

Alors je suis sorti pour revoir le petit chemin qui descend parmi les
canneliers grisâtres, le petit chemin où j’avais marché, si heureux à
côté de ma bien-aimée. Je suis sorti pas bien longtemps, le temps d’un
regard, le temps d’une pensée d’amour, je suis sorti pas bien longtemps,
mais juste assez pour qu’elle vienne une minute me dire bonjour en
passant, en passant dans le long couloir de ce caravansérail des amants
qui se sont séparés.

Elle a poussé la porte, elle est entrée, elle a embaumé la chambre avec
sa robe et ne me trouvant pas, elle a laissé bien en évidence un tout
petit mouchoir comme le signe de la fidélité divine, comme la présence
de son cœur et elle est partie dans le long couloir, elle est partie
pour ne plus revenir et ce mouchoir c’est tout ce qui me restera
désormais, tout ce qui me restera de celle que j’aime dans les
caravansérails de la vie.

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