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La louange des années – Maurice Magre

La louange des années – Maurice Magre

Comme le vin qui en vieillissant se dépouille de ses âcretés, comme le
palmier qui laisse choir chaque année un cercle de branches séchées pour
faire jaillir vers le ciel une gerbe plus fraîche et plus jeune, ainsi
mon âme rejette ses pensées impures au contact régénérateur des années
et elle lance vers le ciel de la mort le juvénile bouquet des
aspirations idéales.

La vieillesse n’est pas terrible. Elle pose sur le front de l’homme sage
une couronne de roses cueillies au jardin mystique de la pensée. La vue
des yeux physiques diminue, mais on aperçoit des jardins insoupçonnés,
des fleuves d’argent, le déroulement des vallées et des montagnes du
pays intérieur. L’on entend moins bien la résonnance des voix humaines
mais la perception vient de toutes les mystérieuses paroles qui sont
dites dans l’au-delà.

O puissance que j’ai redoutée quand je ne te connaissais pas, tu es
bienveillante comme l’affection, tu es féconde comme la force du blé, tu
es transformatrice comme le printemps. Tu m’as donné la connaissance de
la mesure, tu m’as appris la valeur de l’amitié, tu m’as fait peser les
actions humaines dans la balance du pardon. Tu es le trésor de l’homme
pauvre, la clairvoyance de l’aveugle, la légèreté du paralytique.

Je me réjouis de m’avancer dans ta voie inéluctable où chaque pas que je
fais me rend le cœur plus léger et où je contemple une lumière de plus
en plus pure. C’est grâce à toi que j’avance dans la connaissance de
moi-même, que je me dépouille des voiles inutiles, des masques trompeurs
et que je contemple les choses sous leur double aspect de bien et de
mal. C’est grâce à toi que j’atteindrai la porte étroite de la mort,
purifié par le pardon, illuminé par l’intelligence.

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