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La douceur du passé – Jacques d’Adelswärd-Fersen

Lit de rivière, Maruyama Ōkyo (1761)

Tableau : Lit de rivière, Maruyama Ōkyo, 1761

Comme un oiseau blessé, dans les bois agonise,
Et marque de son sang les jolies fleurs tranquilles,
Comme un oiseau blessé par les chasseurs des villes,
Qui sont venus, les yeux mauvais, des plaines grises,

Comme un oiseau blessé par la tempête ardente,
S’enfuit vers le ciel bleu ou vers les mers lointaines,
Jette de longs sanglots et sent la mort prochaine,
Comme un oiseau blessé et les ailes pantelantes,

Sans refuge et sans Dieu, sans but et sans étoile,
Toujours exaspéré par l’opprobre et la gloire,
Le poète, le pauvre petit sans histoire,
Aspire au grand soleil que le présent lui voile,

Et pour s’y transporter il promène son rêve,
Aux jardins de tristesse et de mélancolie,
Où, parmi le sommeil en l’éternelle vie,
Les morts lui parlent mieux que notre joie l’élève,

La douceur du passé divinise ses vers !

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