
La croix – Jean Aicard

–«Ta croix? Elle est encor chez l’ouvrier; pas prête.
Nous la prendrons, au bas de la côte, en passant.»
Et Jésus chemina, levant sa blonde tête
Sous la couronne affreuse où l’on voyait du sang.
Au pied du Golgotha, dans sa boutique étroite,
Le charpentier se hâte:–«Encor deux ou trois clous,»
Grognait-il. Et Jésus regardait d’un œil doux
Cet homme qui frappait les clous de sa main droite.
–«Bon ouvrier, dit-il, te voilà bien pressé!
Livre toujours, ami, ton œuvre à l’heure dite…
Surtout ne gâte rien jamais, pour faire vite…
Le mal présent est fait de tout le mal passé.»
Le peuple s’étonnait de sa bonté tranquille.
Lui, quand l’homme eut fini, prit sa croix sur son dos;
Il sentit sous le faix craquer ses pauvres os,
Mais il disait: «L’esprit soutient la chair fragile.»
Et comme il s’éloignait: «Il faut, dit-il encor,
Que le forgeron forge et que le faucheur fauche…
Sois, pauvre charpentier, béni dans ta main gauche,
Celle qui n’a jamais compté l’argent ni l’or.»
LVI























