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La charité de Padmani – Maurice Magre

La charité de Padmani – Maurice Magre

J’ai trouvé la robe déchirée d’un pauvre sur la barrière de mon jardin.
Le pauvre lui-même appuyé sur son bâton s’éloignait sur le chemin avec
une singulière légèreté, revêtu d’un manteau à broderies et à franges
qui ressemblait à mon plus beau manteau.

«J’ai fait manger le pauvre et je l’ai fait boire, me dit Padmani avec
un visage serein. Je l’ai conduit dans la piscine et il a fumé ton
houka. Et comme son manteau était déchiré je lui ai donné un manteau à
broderies et à franges, car il convient d’être charitable.» «Tout ce que
tu fais est bien fait», ai-je répondu.

«Quand je lui ai eu donné cela, reprit Padmani, j’ai vu que le pauvre
était aussi pauvre qu’avant. Il me faisait tant de peine que j’ai voulu
qu’il emportât une richesse inusitée, la richesse d’un beau souvenir et
je me suis donnée à lui.» Ainsi parla Padmani, avec simplicité et elle
allait, s’occupant de petites choses, dans la maison.

Alors j’ai médité sur la charité et sur la connaissance du bien et du
mal qu’il n’est pas donné aux femmes d’avoir. «Quel âge pouvait avoir ce
pauvre?» ai-je demandé tristement. Padmani a éclaté de rire: «Comment
pourrai-je me souvenir de cela? Je n’ai vu que ses yeux qui pleuraient.»
J’ai médité encore sur la charité.

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