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J’étais parti, tout jeune encor, l’amour dans l’âme – Jacques d’Adelswärd-Fersen

J’étais parti, tout jeune encor, l’amour dans l’âme – Jacques d’Adelswärd-Fersen

J’étais parti, tout jeune encor, l’amour dans l’âme,
Avec un désir vague et puissant d’adorer,
La vie m’a fait souffrir, l’amour m’a torturé,
Je n’ai jamais trouvé que le dédain des femmes.

Je n’étais qu’un poète enfantin et songeur,
Le rêve paraît nul à celles que l’on chante,
Aucune n’a compris, d’autres furent méchantes,
Et tournèrent en raillerie mes jeunes pleurs…

Le départ enchanté vers la blonde Cythère,
Dont mes yeux de seize ans avaient tant auguré,
N’a été qu’un chemin où j’ai dû abjurer
Les serments infinis des clameurs passagères !

Alors, parmi l’effroi du retour, seul en moi,
Oh ! si désespéré des illusions perdues,
J’ai tâché d’évoquer les chansons entendues,
Quand ma jeunesse errait au profond des grands bois.

J’ai dit à mon passé menu : viens me prendre,
Emmène en la fraîcheur de ton nid mes espoirs,
Reviens, je te veux, comme déjà le soir,
Un pèlerin lassé cherche son chaume tendre…

Et j’ai vu un enfant au visage rieur,
Les cheveux blondissants sur un front haut et pâle,
Et qui m’offrait ses yeux, inquiétantes opales,
Comme s’il avait su l’angoisse de mon cœur.

Il vint frôler ma main du bout de ses doigts frêles,
N’osant pas la saisir, n’osant pas la garder,

Et je suis resté seul à rêver aux étoiles !

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