
Expériences, tableaux, jugements, maximes – Henri-Frédéric Amiel

Edlen Seelen vorzufühlen
Ist der wertheste Beruf
Un étourdi qui passait,
Cueillant et jetant la rose,
Voit l’autre qui ramassait
Et l’entend aussi qui cause.
— « Suivons cet avis, dit-il :
Mots épars sont du babil,
Groupés, ils font quelque chose. »
Pour l’âme vaine tout est vain,
Mais tout est sain pour l’âme saine ;
Un grain, sur le sol, n’est qu’un grain.
Mais, dans le sol, il devient graine.
Qui cherche trouve,
Trouve bientôt ;
Tout œuf éclôt
Lorsqu’on le couve.
Défaire et faire mieux, sont deux ;
Et tout refaire est hasardeux.
Tort fait tort ;
L’or endort ;
Et l’heur leurre ;
Esprit trahit ;
Haine peine
Chagrin aigrit ;
Aigreur maigrit
Et peine gêne.
Tout ce qui vole
N’est pas frivole.
Prompt rompt ; constant tient ;
Malin perce ;
Fort renverse ;
Rusé tord ; prudent prévient ;
Vif va vite et lent parvient.
Par ci par là maint bonne strophe
Ne font encor que l’amateur ;
Mais le poète créateur
Doit poétiser toute étoffe.
Différant comme frère et sœur,
Vie à part bien que limitrophe.
Le penseur n’est point philosophe,
Mais le philosophe est penseur.
La Muse a, fille bienheureuse,
Deux marraines, tout bien compté :
La Grâce et la Difficulté.
« — Laquelle est la plus généreuse ? »
— Cherchez ! toutes les deux leur filleule ont doté.
Et sa pensée a double forme :
Le Complet et le Raccourci.
« — Mais du mignon ou de l’énorme,
Du rosier nain ou du grand orme,
Lequel vaut mieux ? » Cherchez ! tous deux ont réussi.
— Pour le reste du jour, dis-moi, matin riant,
N’es-tu pas un heureux présage ?
— Enfant, si tout ton jour le vent tient d’orient,
Ton ciel peut rester sans nuage.
2. Jeunesse, ou la Vie complète.
— Moi seul, penseur, je reste en mon œuvre et mes vœux
Entier ; toi tu varies !
— Non, poète, pardon, mais l’entier que je veux
Et le tien font deux vies.
Miel du jardin céleste est l’art, mais de seul miel
Seule abeille s’enivre.
Je suis homme, à mon âme il faut, avec le ciel,
La terre aussi pour vivre.
3. Âge mûr, ou la Dette sociale.
— Je ne dois rien ! — Ami, sonde ton cœur, prends garde,
Cherche ta dette et paie avant la fin du jour :
Loisir, bien-être, espoir, sont à toi, mais regarde,
Le Bonheur n’est qu’un prêt, sa rançon c’est l’Amour.
4. Vieillesse, ou Janus.
— Debout là, sur mon seuil, hôte mystérieux,
Visible à mes yeux seuls, que veux-tu donc me dire ?
Pourquoi ce double front dont l’un est sérieux
Et dont l’autre semble sourire ? —
Du fantôme une voix alors parut venir,
Grave et douce pourtant comme une voix de femme :
— Ce front est le Passé, cet autre est l’Avenir ;
Adieu, vieillard, je suis ton Âme.
Vite, courons guérir notre âme
Au chaud soleil de la gaîté.






















