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Éternité – Jacques d’Adelswärd-Fersen

Éternité – Jacques d’Adelswärd-Fersen

Voici ma voix, Seigneur, enfantine et tranquille,
Voici ma voix qui chante et puis voici mes mains,
Mes pauvres mains crispées de pécheur et d’humain,
Et puis voici mon cœur comme un vase d’argile.

Et ma voix t’a crié des blasphèmes, Seigneur,
Mes mains se sont souillées près des sources impures,
Et mon cœur n’a connu que la vile nature,
Embaume-les pourtant de tes douces odeurs.

Je marche dans la nuit avec l’allure folle
De ceux que le soleil a quittés brusquement,
Il me semble rêver et mourir par moments,
Et j’ai besoin, Seigneur, de ta sainte parole.

J’ai besoin d’un baiser divin comme ta croix,
Je laisserai ma tête égarée et peureuse
Dormir sur le cilice où ta mort glorieuse
A sauvé pour le ciel de plus justes que moi.

Et je respirerai dans les plis de ta robe,
La robe de lin blanc que Satan a tenté,
Toutes les fleurs d’amour, les fleurs d’éternité,
Qu’un instant de prière au Paradis dérobe.

Je veux t’aimer, mon Dieu, d’une immense ferveur !

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