
Ephraïm Mikhaël — Vingt-quatre ans, et le symbolisme avait déjà son chef-d’œuvre

1866 — 1890
Je ne suis qu’une enfant divine et je frémis
Dans ces bois saccagés par des brises hautaines
Qui blessent sur les eaux le sommeil des fontaines.
La Forêt sacrée
Il s’appelait Georges-Ephraïm Michel, il était fils d’un négociant juif de Toulouse, il est mort de la tuberculose à vingt-quatre ans en mai 1890.
En quatre ans d’écriture, il a laissé un mince recueil, L’Automne, et un poème dramatique, Le Cor fleuri, joué au Théâtre d’Art. Mallarmé le tenait en très haute estime, ce qui n’était pas courant.
L’école de 1885
Il appartient à cette génération qui a fait le symbolisme et qui est morte trop tôt — Laforgue à vingt-sept ans, Mikhaël à vingt-quatre. Ils avaient lu Baudelaire, entendu Wagner, et ils cherchaient une poésie qui suggère au lieu de nommer.
Ce qui le distingue, c’est qu’il n’a pas le brouillard. Sa langue est nette : « des brises hautaines qui blessent sur les eaux le sommeil des fontaines » — chaque mot est à sa place et l’image se referme exactement.
Ce qu’on trouve ici
Peu de pièces, et un ton reconnaissable dès la première. « Clair de lune mystique », « L’Île heureuse », « L’Étoile du berger », « Le Mage », « L’Angélus », « La Cène », « Tristesse de septembre ».
Il y a un versant religieux insistant chez ce fils de famille juive — la Cène, l’angélus, l’acte de contrition, celle qui aima le cloître. C’est le catholicisme esthétique de sa génération, celui de Verlaine converti et de Huysmans, pris comme un décor et comme une nostalgie.
Le Cor fleuri, dont le Vagabond garde des fragments, met en scène un prince et une nymphe des fontaines. On y entend ce qu’aurait pu devenir son théâtre.
Mai 1890
Ses amis — Bernard Lazare, Pierre Quillard, Rodolphe Darzens — ont publié ses œuvres l’année suivante. Puis le siècle a tourné, et il ne reste presque rien.
Il faut lire « L’Île heureuse » en sachant que l’auteur crachait le sang. Cela ne rend pas le poème meilleur ; cela le rend différent.
Choix de textes
- La Forêt sacrée — Du Cor fleuri : la nymphe des fontaines, et une langue parfaitement nette.
- L’Île heureuse — À lire en sachant qu’il crachait le sang. Cela le rend différent.
- Clair de lune mystique — Le titre est un programme d’école. Le poème vaut mieux que l’école.
- L’Angélus — Le catholicisme esthétique de 1885, chez un fils de famille juive.
- La Cène — La scène refaite en tableau symboliste, sans un mot de foi.
- L’Étoile du berger — Vénus au crépuscule, motif rebattu et ici parfaitement tenu.
- Le Mage — La figure de l’initié, obligatoire dans les années 1880.
- Tristesse de septembre — Sa saison. Il n’aura vu que vingt-quatre automnes.
- Les vieillards — Écrit par un homme de vingt-trois ans qui savait qu’il n’en serait jamais un.
- Acte de contrition — La formule liturgique employée comme titre de poème.
Pour le lire
Oeuvres complètes, tome 2 — l’édition disponible aujourd’hui.
L’Automne (1886) — le seul recueil paru de son vivant.
Le Cor fleuri (1888) — le poème dramatique, joué au Théâtre d’Art.
Œuvres (1890), publiées par ses amis Bernard Lazare, Pierre Quillard et Rodolphe Darzens après sa mort.
Guillain Méjane























