
Cruellement – Jacques d’Adelswärd-Fersen

J’ai encor le parfum de ton baiser et de ta bouche,
Le soleil qui se fane au loin tel que tes yeux,
Tel que tes yeux noyés par l’étreinte farouche,
Me fait tout doucement poète aux rêves bleus,
Des mots et des chansons, ciselures d’émail,
M’ont caressé, chérie, lorsque tu fus partie,
C’est comme si j’avais ouvert un éventail,
Frêle de souvenirs et de grâce jolie…
Oui, j’ai besoin de toi pour continuer à vivre,
Je sens que mon amour est frère de la mort,
Et que c’est un poison dont le désir m’enivre,
Goutte à goutte versé de tes lourds cheveux d’or.
Tout cela je le crie et je le pleure même,
Ton sourire est absent et je me crois vainqueur.
Demain tu reviendras, je te dirai : je t’aime,
Et je continuerai à rêver sur ton cœur.
Donc, ma jolie petite amie aux lèvres closes,
Ne sois pas trop cruelle et si je dois souffrir,
Du moins que le couteau dont mon cœur sait mourir,
Ait sa lame d’acier enguirlandée de roses.






















