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Avril parisien – Albert Mérat

Avril parisien – Albert Mérat

Voici la lumière d’avril,
Voici les feuilles ! que faut-il
À l’âme triste pour renaître ?
Un peu d’amour, un peu d’azur,
Un rayon frileux sur le mur,
Un pot de fleurs à la fenêtre.

Le ciel pleure comme un enfant,
Mais le bon soleil réchauffant,
Malgré ses paupières mouillées,
Sourit quand même, brille un peu,
Et ces averses du ciel bleu
Sont des larmes vite essuyées.

Bien qu’il fasse encor presque froid,
Lorsque l’on sort, on a le droit
De laisser la croisée ouverte.
Le ciel est clair, tiède et joyeux,
Et l’on cherche partout des yeux
Une voiture découverte.

Les petits arbres des trottoirs
Sont tout nus encore et tout noirs,
Mais d’une haleine fraîche et pure
Par qui les branches fleuriront,
Avril va souffler sur leur front
Une poussière de verdure.

Les chapeaux des femmes ont l’air
D’avoir préparé tout l’hiver
Leurs légères métamorphoses.
Ils frissonnent dans les rayons,
Et l’on dirait des papillons
Aux ailes soyeuses et roses.

À la terrasse des cafés
Déjà les garçons bien coiffés,
Courant devant les tables rondes
En lignes sur deux ou trois rangs,
Servent les pâles mazagrans
Et les bières brunes ou blondes.

Tous les dimanches, près d’ici,
Vers Sèvres, vers Montmorency,
Un vent de voyage nous pousse,
Le vent des lumineux matins
Et des déjeuners incertains
Par la campagne verte et douce.

Nous nous en irons les premiers
Sur les côteaux blancs de pommiers
Sans penser à rien, sans rien dire,
Les yeux vaguement éblouis
De nos beaux horizons bleuis
Qui recommencent à sourire.

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