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Au bois – Albert Mérat

Au bois – Albert Mérat

Le coupé de Madame est avancé : l’on part.

Dans le coin préféré seule et comme à l’écart,
Se blottissant avec des gestes d’hirondelle,
Elle ne laisse voir, délicats autour d’elle,
Que des frissons de jupe et des volants frileux.
Elle rêve : son rêve aux vagues pays bleus
Guide par un fil d’or la mobile pensée,
Au grand trot des chevaux mollement cadencée.
La robe a l’abandon capiteux du peignoir.
La livrée est correcte et l’attelage noir ;
Le panneau sombre est peint d’armes fleurdelisées,
Et la voiture va dans les Champs-Élysées.

Comme le jour est froid déjà pour la saison,
La portière fermée encadre un horizon
D’hôtels que le regard ne voit pas jusqu’au faîte.
C’est l’heure convenue où le Bois est en fête.
Sur l’avenue, après le grand arc triomphal,
Elle voit dans leur fin costume de cheval
Les cavaliers gantés, et tout ensoleillée,
Aux saccades du trot luire la contre-allée.
Les voitures ont pris la file autour du lac.
Tout en rêvant d’un air de Glück ou d’Offenbach,
Elle retrouve enfin la ville revenue,
Le coupé noir ou bleu d’une actrice connue ;
La calèche d’un luxe aimable et triomphant
D’une amie au grand nom, belle de son enfant,
Qui met, avec le goût d’une femme du monde,
Près d’elle le bouquet de cette fraîcheur blonde.
On se salue. Au loin le décor est charmant.
La file s’embarrasse et s’arrête un moment,
Puis repart ; et le soir qui tombe sur les branches
Fait tourner sur le fond obscur des formes blanches
Qui vivent et qui sont des femmes de vingt ans.
Ce ciel d’automne est pur comme un ciel de printemps.
On rentre. — On passera chez soi cette soirée,
De fleurs tout simplement et de grâce parée,
Et bien qu’on soit nerveuse et fatiguée un peu,
On laissera causer Monsieur au coin du feu.

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