Sélectionner une page

Alphonse Esquiros — Poète, prisonnier, député, préfet — dans cet ordre

Alphonse Esquiros — Poète, prisonnier, député, préfet — dans cet ordre

1812 — 1876

Ainsy mon cœur se guermentoit
De la grant douleur qu’il portoit
En ce plaisant lieu solitaire,

La Solitude

À vingt-cinq ans il publie L’Évangile du peuple, un livre où Jésus est présenté comme un révolutionnaire social. On le condamne à huit mois de prison et à mille francs d’amende.

Il en sortira député, puis proscrit, puis préfet des Bouches-du-Rhône. Peu de poètes français ont eu une carrière aussi conséquente avec leurs vers.

Le romantisme social

Il appartient à cette génération de 1830 qui a cru que la poésie devait changer le monde, et qui l’a cru sérieusement — Hugo, dans son versant militant, en est l’exemple le plus voyant, mais ils étaient nombreux.

Ses titres le disent : « Un homme de moins », « Un denier », « À mes amis », « Le dernier soupir du poète ». Et « La fiancée du couvent », qui est une charge contre les vocations forcées.

L’exil et le retour

Après le coup d’État de 1851, il passe en Belgique, en Hollande, puis en Angleterre où il reste dix ans et publie des études sur les mœurs anglaises et néerlandaises que l’on cite encore.

Rentré en 1869, élu député en 1871, il siège à l’extrême gauche. Il meurt à Versailles en 1876.

Un avertissement de lecture

⚠️ La pièce intitulée « La Solitude » est en ancien français (guermentoit, ventelet, sery) : elle date visiblement du XVe siècle et n’est pas de lui — c’est une pièce citée ou reprise, que la numérisation a rangée sous son nom.

On la signale plutôt que de faire semblant, et l’on n’y touche pas : à ce stade, mieux vaut un doute annoncé qu’une correction hasardeuse. Le reste du corpus est bien de lui.

Choix de textes

  • Un homme de moins — Le compte se fait à l’unité. Tout le romantisme social est là.
  • Un denier — La plus petite pièce de monnaie, et ce qu’elle vaut selon la main.
  • La fiancée du couvent — Une charge contre les vocations forcées, par l’auteur de L’Évangile du peuple.
  • À mes amis — L’adresse au groupe, forme que sa génération pratiquait sans ironie.
  • Le dernier soupir du poète — Le romantisme dans son costume complet, et il le porte bien.
  • Dies irae, dies illa — Le jour de colère, chez un homme qui attendait une autre révolution.
  • L’aigle — L’oiseau impérial, et l’on devine ce qu’il en pense.
  • L’orage — Le paysage-métaphore, obligatoire en 1840 et bien mené.
  • Léthargie — L’état dont il accusait son pays. Le titre est politique.
  • À une jeune actrice — Le poème le plus léger d’un homme qui l’était rarement.

Pour le lire

Les Hirondelles (1834) — le recueil de vers, salué par Victor Hugo.

L’Évangile du peuple (1840) — huit mois de prison et mille francs d’amende.

Histoire des Montagnards (1847) · L’Angleterre et la vie anglaise (1859-1869).

Guillain Méjane

Archives par mois