
Adieu d’amour – Jacques d’Adelswärd-Fersen

Nous serons tous les deux couchés sur des fougères,
Quelques roses de mai mêleront leur odeur,
Et nos yeux alourdis d’amour et de prière
Goûteront l’infinie tristesse du bonheur.
Nos doigts seront unis, nos lèvres seront closes,
Au souvenir rêveur de ton premier baiser,
La vie sera lointaine et la mort grandiose,
Dans un même linceul viendra nous apaiser
Quand l’on déposera, sous la verte charmille,
Les corps doux et légers des amis d’autrefois,
Une flûte pour nous pleurera dans les bois,
Parmi le soir ému, les chœurs de jeunes filles…
Les fleurs que nos désirs auront choisi jadis,
Étoileront le tertre et le rendront tranquille.
Plus tard les amoureux, aux émotions fragiles,
Béniront notre nom et cueilleront les lys ;
Notre âme et nos serments, épars dans les corolles,
Rendront délicieux leur parfum voyageur.
Que notre long calvaire à leurs lèvres s’envole,
Comme vers le soleil l’éternelle douleur !…






















