
A une reine – Auguste Gilbert de Voisins

O reine Stratonice! où donc êtes-vous née?
Est-ce dans le vaste palais d’une île fée,
Où la légende grecque et le conte allemand
Venaient mêler pour vous tous leurs enchantements?
Où l’elfe et la bacchante, où le sylphe et le faune
Jouaient à se poursuivre autour des buissons d’aulnes?
Parce que votre voix est pure et que vos pas
Semblent glisser à peine et ne se poser pas,
Il est des instants où vous m’évoquez l’image
De Loreley qui laisse un lumineux sillage
Sur l’eau triste du fleuve, en chantant dans la nuit.
Mais, à d’autres instants, vous changez et je suis,
Dans vos yeux, le reflet d’une si grave peine,
Que vous me rappelez cette princesse hellène
Qui, devant l’horizon de la mer et des cieux,
Souffrait de la colère injuste de ses dieux.
O Reine! dites-moi quel souvenir vous donne
Ainsi l’air douloureux de la blanche Antigone?
CCLXXV






















