
À une danseuse âgée de 7 ans – Albert Mérat

Puisque pour ce ballet folâtre,
Au lieu de vous coucher le soir,
Étant danseuse de théâtre,
On vous défend de vous asseoir ;
Puisque vous n’avez pas l’extase
De l’herbe où l’on court, ni du jeu,
Et qu’on vous habille de gaze
Au lieu de vous vouer au bleu ;
Puisque votre mère, occupée
À préparer votre destin,
Ne vous donnant pas de poupée ;
Vous donne aux autres pour pantin ;
Qu’au lieu de sauter à la corde,
Vous dansez un pas triomphant,
Ô mignonne, je vous accorde
Que vous n’êtes pas une enfant.
Vos beaux yeux noirs, pleins d’une flamme
Que le public encouragea,
Brillent, pauvre petite femme,
Qui tâchez de plaire déjà.
Au moins, composant votre mine.
Vous remuez avec plaisir
Vos pauvres jambes de gamine ;
Et puis vous n’avez pu choisir !
D’ailleurs vous êtes plus jolie
Cent fois, baby rose et charmant,
Que ces sauteuses sans folie
Qui se démènent tristement ;
Et la foule des ingénues
Ne regarde pas sans aigreur
Vos épaules grêles et nues
Naturelles dans leur maigreur.
Étincelante dans ce bouge
Comme un rayon limpide et doux,
Vos lèvres sont d’un joli rouge
Et vos quenottes sont à vous.
Comme dans le ballet des Nonnes,
Vous laissez flotter vos cheveux.
J’admire vos grâces mignonnes ;
C’est à mon plaisir que j’en veux ;
Et je songe, hélas ! aux chéries
À qui l’on dit : « L’air est vermeil ;
« Allez jouer aux Tuileries,
« Et prenez garde au grand soleil. »






















