
Sous le voile du sommeil simulé – Maurice Magre

Elle s’était dévêtue et elle s’était endormie auprès de moi. Son corps
me paraissait plus long qu’à l’ordinaire. J’avais perdu la raison en
voyant ma bien-aimée dévêtue et endormie auprès de moi.
Je n’osais pas bouger de peur de l’éveiller. La lampe avait perdu la
raison comme moi, car elle jetait de grandes flammes qui dansaient sur
les étoffes de soie et sur le corps nu de ma bien-aimée.
Comme moi-même et comme la lampe, ma bien-aimée était enivrée par le
sommeil car soudain, d’un geste machinal et négligent, elle parcourut
mon corps avec la main.
Et les étoffes, le lit d’acajou et les étoiles à la fenêtre devinrent
ivres à leur tour et tourbillonnèrent autour de moi quand je vis que ma
bien-aimée ne dormait pas et que ses prunelles luisaient entre ses
paupières demi fermées.






















