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Quelle chance de porter deux petits seins – Rainer Maria Rilke

Quelle chance de porter deux petits seins – Rainer Maria Rilke

Quelle chance de porter deux petits seins
vers quelqu’un, vers l’inconnu…
Deux petits seins qui disent : peut-être demain…
et qui, sans rien de plus,
sont heureux. Entre eux le médaillon
avec la douce image de la mère repose ;
on dirait que sa protection
les sépare, ces deux seins, pour que la jeune fille n’ose
les sentir tous les deux à la fois,
ces petits seins juvéniles que l’on doit
porter à quelqu’un, à l’inconnu,
et qui vivent un peu à l’insu
de la porteuse.
Vont-ils la rendre heureuse,
ces deux petits seins innocents
qui résistent aux vents
de la vie ? Ces petits seins têtus,
d’un semblant de deuil revêtus
contre lequel ils posent,
sous d’imperceptibles alertes,
leurs tendres demandes de roses
couvertes.

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