
Promesse à Phillis – Tristan L’Hermite

CELESTE Obiect de mes desirs,
Prenez vous à mes desplaisirs
Si ie n’escris à vostre gloire ;
Les violences du mal-heur
Ne m’ont point laißé de chaleur,
Et m’ont rendu l’humeur si noire
Que ie ne trouue en ma memoire
Que des Images de douleur.
Außi tost que ie me resous
À prendre la plume pour vous
Dans la veine la plus puissante ;
Mille tristes ressentimens
S’opposent à ses mouuemens,
Mon ardeur deuient languissante,
Et ie m’apperçois que i’enfante
Des souspirs pour des complimens.
Mais ne croyez pas que ce dueil
Me conduise dans le cercueil
Auant que ie vous en deffende :
Et que ma froide volonté
Reconnoisse vostre bonté
D’vne ingratitude si grande
Que ie vous dérobe vne offrance
Que ie dois à vostre beauté ?
L’ennuy qui me fait souspirer
Se puisse tousiours empirer
Par de plus sensibles outrages,
Et iamais la rigueur du Sort
Ne me laisse trouuer de port ;
Si le plus beau de mes ouurages,
Ne vous laisse des tesmoignages
D’vn dessein qui me plaist si fort.
Et dés que mes sens appaisez,
Treuueront des vers plus aisez
Et des lumieres moins communes ;
S’il vous plaist de les auoüer,
Ie promets de vous les voüer
Cessant les plaintes importunes
Que ie fais de mes infortunes,
Pour commencer à vous loüer.
Dans le plus tranquille loisir
Que ma veine puisse choisir,
Ie dois vous rendre cét hommage :
Mais ie veux si bien vous tirer
Que l’on soit forcé d’admirer
Les traits de vostre belle Image ;
Et que la plus ialouse rage
N’ose iamais les censurer.
Lors que dans son plus large cours,
Le Soleil allume des iours
Qui n’ont rien de froid ny de sombre :
Que l’Aurore en versant des pleurs,
Seme des perles sur les fleurs,
Et qu’on a des plaisirs sans nombre
Quand on peut trouuer assez d’ombre
Pour se deffendre des chaleurs.
Lors souz vn arbre bien couuert,
Estendu sur le gazon vert
En vne résveuse posture ;
Flatté du doux bruit d’vn ruisseau,
D’vn esprit plus clair & plus beau,
Comme à l’enuy de la peinture
Qu’estale par tout la Nature,
I’entreprendray vostre tableau.
Et quand i’auray fait quelque traict
De cét adorable portraict,
Qui fait desia que ie souspire ;
Les Nymphes sans m’incommoder
Prés de moy viendront s’accouder,
Et la Nayade & le Zephire
Perdans le soin de leur Empire,
Se tairont pour vous regarder.
Vous pouuez par vostre Beauté
Passer pour la Diuinité
Qui fut les delices d’Anchise :
Mais si ie vous peins vne fois
Auec la Trompe & le Carquois,
D’vne ardeur innocente éprise,
À mesme temps vous serez prise
Pour la chaste Reine des Bois.
Amour rauy de mon dessein
Sentira dés lors en son sein
Les pointes d’vne ardeur nouuelle ;
Et iugeant vos diuins appas
Francs des atteintes du trespas,
Il dira vous voyant si belle,
Que si vous n’estiez immortelle
Sa mere ne le seroit pas.
Mon ouurage aura du deffaut :
Mais si pour vn sujet si haut
Ie n’ay point de clartez trop basses :
Au sentiment de nos Neueux,
Le plus petit de vos cheueux,
La moins charmante de vos graces,
La moindre marque de vos traces
Sera digne de mille vœux.
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