
Max Elskamp — Un Flamand qui priait en français

1862 — 1931
Or pour commencer tout en foi,
à la façon des gens des bois
qui sont les pauvres de chez moi,
voici fait mon signe de croix
Or pour commencer tout en foi
Il commence son livre en faisant le signe de croix. Ce n’est pas une pose : c’est une manière de dire qu’on entre dans quelque chose de très ancien, et que la poésie savante n’y a pas cours.
Regardez les premiers mots de ses poèmes : Or, Et, Mais, Alors, Puis, Ici, Maintenant. Ce sont ceux des chansons populaires et des livres d’images. Il a construit toute une œuvre là-dessus.
Anvers
Fils de bourgeois d’Anvers, riche, il n’a presque jamais quitté sa ville. Il en a fait le pays entier de ses poèmes : le port, les bateaux, les maisons en rond, les paroissiens, le sacristain, les foires, la mer qui monte.
Il collectionnait les objets populaires — jouets, images pieuses, boussoles, instruments de marine — et il a fondé un musée de folklore qui existe toujours. Sa poésie procède du même geste : ramasser ce que personne ne regarde.
Une langue fabriquée
Son français est étrange, et volontairement. Il l’a plié sur le flamand, sur le rythme des cantiques et des rondes enfantines, avec des répétitions, des inversions, des mots simples posés côte à côte sans conjonction.
« Moi je ne suis qu’un pauvre sacristain », « Et connais-tu Marco la belle », « Dormez-vous encor, paroissiens » : cela paraît naïf et ne l’est pas du tout. C’est une naïveté construite avec la même patience qu’un primitif flamand met à peindre un pli de drap.
Le silence
Après 1898, il cesse de publier pendant quinze ans. Une dépression, la mort de proches, une retraite complète. Il revient en 1921 avec des livres plus sombres, puis se tait à nouveau.
Il est mort à Anvers en 1931. Il fut l’un des poètes les plus originaux de langue française, et l’un des moins lus, parce que rien chez lui ne ressemble à rien d’autre.
Choix de textes
- Or pour commencer tout en foi — Le signe de croix qui ouvre le livre, « à la façon des gens des bois ».
- Moi je ne suis qu’un pauvre sacristain — La voix qu’il se choisit : la plus humble de la paroisse.
- Et connais-tu Marco la belle — La question d’une chanson de rue, posée avec un sérieux total.
- En rond les maisons — Anvers vue comme une ronde d’enfants. C’est tout son art.
- Et vaisseau mon bon frère — Le bateau tutoyé comme un parent. Le port était sa famille.
- Puis la mer monte — Trois mots pour titre, et la marée qui fait le reste.
- Ici c’est un vieil homme de cent ans — Il montre du doigt, comme dans un livre d’images.
- Et Marie lit un évangile — La scène des primitifs flamands, refaite avec des mots.
- Et maintenant voici l’hiver — La saison annoncée comme on tourne une page.
- Maintenant ici tirez le rideau — Il ferme le livre comme on ferme un théâtre de papier.
Pour le lire
Dominical (1892) · Salutations, dont d’angéliques (1893) · En symbole vers l’apostolat (1895).
Six chansons de pauvre homme pour célébrer la semaine de Flandre (1895) — le titre à lui seul est un programme.
La Chanson de la rue Saint-Paul (1922) — le retour après quinze ans de silence.
Guillain Méjane






















