
Les trois jeunes filles et le lotus – Maurice Magre

Les trois jeunes filles venaient de se baigner dans l’étang et l’eau qui
mouillait leur corps en s’évaporant au soleil, leur faisait une auréole
de buée bleuâtre.
Quand elles m’aperçurent parmi les asokas, la première, la plus svelte,
poussa un cri et fit le geste de se voiler avec une tunique invisible et
elle était comme un roseau qui se plie sous le vent.
La deuxième, la plus grande, se mit à rire et elle continua à marcher
tranquillement avec un je ne sais quoi d’impudique dans le mouvement des
épaules et elle était comme l’arbre Ban quand, à midi, il fend son
écorce avec la force de sa sève.
Mais la troisième, la plus petite, me regarda de loin sans me voir. Elle
se baissa, cueillit un lotus et elle le tendit vers le ciel comme si
elle faisait l’offrande de son cœur.























