
L’Épée de Damoclès – Pierre-Jean de Béranger

De Damoclès l’épée est bien connue ;
En songe, à table, il m’a semblé la voir.
Sous cette épée et menaçante et nue
Denys l’ancien me forçait à m’asseoir. (bis.)
Je m’écriais : Que mon destin s’achève,
La coupe en main, au doux bruit des concerts ! (bis.)
Ô vieux Denys ! je me ris de ton glaive,
Je bois, je chante, et je siffle tes vers. (bis.)
Servez, disais-je, à messieurs de la bouche ;
Versez, versez, messieurs du gobelet.
Malheur d’autrui n’est point ce qui te touche,
Denys ; sur moi fais donc vite un couplet.
Ton Apollon à nos larmes fait trêve ;
Il nous égaie au sein d’affreux revers ;
Ô vieux Denys ! je me ris de ton glaive,
Je bois, je chante, et je siffle tes vers.
Puisqu’à rimer sans remords tu t’amuses,
De la patrie écoute un peu la voix :
Elle est, crois-moi, la première des Muses ;
Mais rarement elle inspire les rois.
Du frêle arbuste où bout sa noble sève,
La moindre fleur parfume au loin les airs.
Ô vieux Denys ! je me ris de ton glaive,
Je bois, je chante, et je siffle tes vers.
Tu crois du Pinde avoir conquis la gloire,
Quand ses lauriers, de ta foudre encor chauds,
Vont à prix d’or te cacher à l’histoire,
Ou balayer la fange des cachots.
Mais, à ton nom, Clio, qui se soulève,
Sur ton cercueil viendra peser nos fers.
Ô vieux Denys ! je me ris de ton glaive,
Je bois, je chante, et je siffle tes vers.
Que du mépris la haine au moins me sauve !
Dit ce bon roi, qui rompt un fil léger.
Le fer pesant tombe sur mon front chauve ;
J’entends ces mots : Denys sait se venger.
Me voilà mort ; et poursuivant mon rêve,
La coupe en main, je répète aux enfers :
Ô vieux Denys ! je me ris de ton glaive,
Je bois, je chante, et je siffle tes vers.






















