
Le vase imparfait – Maurice Magre

Je ne puis m’empêcher de penser à leur corps.
La jambe est-elle longue avec un duvet d’or,
Le ventre a-t-il un pli et le sein est-il ferme?
Quelles sont les beautés que les robes enferment
Et quels sont les plaisirs en puissance, dormant
Sous le zaimph quotidien que sont les vêtements?
Comment, quand on le prend, ce corps doit-il se tordre?
Quelle force ont ces dents sous ces lèvres pour mordre?
Et quel étirement doivent avoir ces bras
Lorsque la volupté s’apaise dans les draps.
Le mystère de chair plus que celui de l’âme
Est profond, douloureux, chargé de sang, de flamme.
On le voit dans les nœuds des mains, les tons bistrés
Des paupières, cet air tendre et désespéré
Qu’ont les fronts féminins pliant sous le silence,
Le souvenir amer et la vaine espérance.
O forme, vase pur dont une anse a toujours
Un défaut, versant l’eau des terrestres amours,
Eternelle statue émanant sous le voile
Une clarté comme n’en donne aucune étoile,
Marbre changeant, fragile et toujours imparfait,
Sans cesse je t’étreins et je ne t’ai jamais.























